Le coin des nanas

Fantasmes

Fantasmes : les femmes osent en parler

Les yeux bandés, offerte à plusieurs hommes ou à une autre fille… L’imagination des femmes s’envole et leur parole aussi. 


Elles en ont… et elles l’avouent

Aujourd’hui, à la télévision comme dans les dîners, partout on parle de sexe sans contraintes ni tabous. Et on dévoile, sans crainte, sa réalité comme son monde intérieur. « Le fantasme, c’est le sexe à l’état pur, dépouillé des sentiments, explique Sylvain Mimoun. Il y a encore une quinzaine d’années, la plupart de ses patientes lui disaient qu’elles ne savaient pas ce que c’était, qu’elles n’en avaient pas. Tout juste connaissaient-elles ceux de leur mari. Elles en étaient d’ailleurs souvent gênées. Aujourd’hui, elles vont plus ou moins loin dans l’imaginaire, mais la majorité d’entre elles fantasment et le disent beaucoup plus vite. »

Elles en ont encore peur

Un peu midinettes, elles s’imaginent avec Brad Pitt, George Clooney, ou avec « le bel inconnu du métro ». Romantiques, elles se rêvent « au coin du feu, avec du champagne et des fraises », ou « enfermées pour la nuit dans le temple de Pétra ». Plus osées, elles voudraient être « l’objet d’un vieux pervers », ou « offertes à une autre fille sous le regard de [leur] homme »… Sur une table de billard, à la machine à café, dans un parking. Prises violemment ou lascivement. Les poings liés ou les yeux bandés, dominatrices ou soumises, c’est selon…

Dans le cabinet du médecin, elles rêveraient désormais à voix haute de chevauchées fantastiques comme elles racontent leurs maux de tête à leur généraliste… Pur fantasme, pour le coup. Car les pudeurs subsistent, malgré tout. Sylvain Mimoun raconte comment le voile s’est levé, ce qu’il protège encore, et comment lui-même avance tout en douceur pour conduire ses patientes à se confier : « Elles ont souvent peur de leur propre sexualité. Notre culture judéo-chrétienne s’est construite sur l’idée que la sexualité féminine était forcément dévorante et impossible à assouvir. D’où les interdits qui ont pesé sur elle pendant des siècles. Les femmes n’en sont pas débarrassées. Ses patientes lui disent souvent : “Mais si je commence, je ne sais pas où ça va s’arrêter.”

Pour elles, parler de leurs fantasmes, c’est la dernière marche avant le passage à l’acte. Or, rien ne nous oblige à les réaliser. L’imagination suffit parfois et elle n’est pas dangereuse. Par ailleurs, elles ont souvent peur d’être prises “pour des folles”, comme elles disent. Elles se demandent si elles sont “normales”. Mais, en la matière, il n’y a pas de norme, de bons ou de mauvais fantasmes.
Enfin, quand elles sont plus jeunes, elles mélangent l’acte et la pensée : “Avoir un fantasme, c’est le début de l’infidélité.” »

Elles en discutent avec leur partenaire

« Elles en parlent aussi plus facilement à leur compagnon. On voit d’ailleurs de plus en plus d’hommes se plaindre que leurs partenaires aient des fantasmes trop assumés, trop exprimés, et qu’elles en fassent part en employant des mots trop crus?! En quelques années, l’équilibre s’est profondément modifié, tant en paroles qu’en actes », révèle Sylvain Mimoun.

D’abord, il faut prendre le temps de trouver un langage commun. Et, puisque hommes et femmes ne parlent pas tout à fait la même langue, l’apprentissage doit se faire en douceur. « Le fantasme n’est pas une recette que l’on peut lâcher à l’autre de but en blanc, prévient le médecin. La sexualité est déjà une question délicate. Là, on touche à l’intimité la plus profonde de chacun. Lorsque l’on devient trop technique, ou dirigiste, c’est l’échec assuré : la porte se referme. Un couple doit laisser son dialogue amoureux s’installer dans le temps. C’est une histoire que l’on se raconte à deux, à mesure que la confiance s’installe. Il faut lancer des perches, et attendre de voir si l’autre les saisit avant d’aller plus loin. Un mot de travers, et le charme peut se rompre. Surtout, lorsque le fantasme se joue en stéréo, il faut se tenir prêt : une parole va en appeler une autre. »
Or, à cette surenchère verbale s’ajoute la question du passage à l’acte : « À deux, le fantasme ne va plus suffire. On va vouloir essayer… Et pour supporter le passage à la réalité, avec ses risques de désillusions, il faut être au diapason. Sans compter qu’à son tour un fantasme va en appeler un autre. L’escalade est inévitable. » Il faut en avoir conscience. Avoir conscience aussi de ses propres limites.

Et quand elles n’ont pas de fantasmes ?

Et si nos limites étaient telles qu’elles empêchaient le fantasme lui-même ? Et si nous n’avions pas de fantasmes ? Impossible, selon Sylvain Mimoun : « Tout le monde rêve, sans forcément s’en souvenir. Pour les fantasmes, c’est la même chose : toutes les femmes en ont. » Pour des raisons diverses, certaines en ont simplement moins conscience que d’autres. « Il n’y a pas de règle en la matière. Rien n’est obligatoire. Mais le fantasme est un facilitateur de sexualité, il est le meilleur moyen de se connaître et d’avoir du plaisir. Je conseille donc à toutes celles qui ne seraient pas épanouies sexuellement de stimuler leur imaginaire. »

Lire des livres, regarder des films, sans sauter les passages érotiques. S’y arrêter, au contraire, et observer ses sensations. Comprendre ce qui nous stimule. Sentir ce qui nous séduit. « Il faut se familiariser d’abord avec ces sensations, et comprendre ce qui les provoque. Ensuite, pendant le rapport amoureux, il suffit souvent de convoquer ces souvenirs émotionnels pour ressentir à nouveau ce plaisir. »

Et à toutes celles qui auraient encore peur, Sylvain Mimoun rappelle sa formule fétiche : « Le fantasme est une caresse de l’esprit. »